Compte tenu des nouvelles consignes sanitaires, l'accès à la salle de lecture et le nombre de communications par jour restent soumis à réservation préalable trois jours ouvrables avant la date souhaitée, dans la limite de 15 personnes et de 10 documents maximum (5 en réservation et 5 sur place). Vous retrouverez dans la rubrique pratique le détail des modalités d’accès.

Pour rappel, la salle de lecture sera fermée les 13 et 14 mai prochains.

Visite commentée par Victor Pereira

Vous allez découvrir l'exposition 1940. L'exil pour la vie comme si vous étiez dans la salle des voûtes des Archives départementales. Vous serez guidé par l'un de ses commissaires scientifiques, Victor Pereira, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Pau et des Pays de l’Adour. Il va vous présenter, durant ces mois de mai-juin 1940, les différentes étapes de cet exil forcé de milliers de personnes et l'action du consul portugais Aristides de Sousa Mendes.

Vivez les treize séquences de cette visite commentée ! Bonne visite !

Introduction (2 min. 23 s.)

Dès l’installation du Troisième Reich en 1933, des réfugiés politiques et des Juifs cherchent refuge dans divers pays d’Europe, d’Amérique et d’Asie. À partir de 1938, les annexions de l’Allemagne nazie accroissent le nombre de réfugiés. La Grande-Bretagne et la France entrent en guerre le 3 septembre mais les grandes offensives militaires ne démarrent qu’en mai 1940. Fin 1939 et début 1940, la France organise le repli des populations civiles vivant près de la frontière allemande. À partir du 10 mai 1940, une « guerre éclair » amène, en un mois, la défaite et l’occupation du Luxembourg, des Pays-Bas et de la Belgique puis l’invasion de la France, multipliant les réfugiés français et étrangers qui, en désordre, refluent vers le sud.


Préparer la guerre (4 min. 44 s.)

Les multiples provocations et agressions du chancelier allemand Adolf Hitler depuis 1933 amènent les dirigeants français à se préparer à la guerre. Les plans élaborés à la fin des années 1930 prévoient ainsi l’évacuation des populations frontalières afin de réduire les pertes civiles, d’éviter les mouvements chaotiques de réfugiés et de faciliter les manœuvres militaires.


L'exode (6 min. 42 s.)

La percée allemande provoque le départ de 8 à 10 millions de personnes en mai-juin 1940. En dépit de l’exode et du repli des administrations, le sous-secrétariat au ministère de la coordination tente de suivre l’évolution du nombre de réfugiés et de faire respecter la répartition des évacués planifiée avant le conflit.


Bordeaux capitale (4 min. 47 s.)

Le gouvernement français doit quitter Paris, menacé par les armées ennemies. Le repli des cabinets ministériels se fait dans la précipitation, ralentis par les milliers de personnes quittant également la capitale dans la panique. Le 14 juin 1940, le gouvernement, une partie de l’administration, de nombreux parlementaires et des diplomates étrangers arrivent à Bordeaux, ville déjà pleine de réfugiés.


Les réfugiés face au mur de papier (7 min. 54 s.)

En juin 1940, des milliers de réfugiés se trouvent à Bordeaux et beaucoup d’entre eux espèrent prendre un bateau ou se rendre en péninsule Ibérique. Mais pour quitter la France, ils sont confrontés à un véritable mur de papiers. Les Français et les étrangers qui désirent sortir du territoire doivent posséder un passeport et obtenir un visa de sortie ainsi qu'un visa d’entrée dans le pays où ils se rendent et un visa de transit délivré par les consulats s’ils comptent traverser l’Espagne et le Portugal. Par le biais de circulaires, le ministère des Affaires étrangères portugais tente d'empêcher l'arrivée de populations considérées comme "indésirables" sur son territoire.


Désobéissance à Bordeaux (7 min. 46 s.)

Le consulat du Portugal à Bordeaux, quai Louis XVIII, est pris d’assaut par des réfugiés paniqués qui désirent à tout prix quitter la France. Par un geste d’humanité et de compréhension de leur souffrance, Aristides Sousa Mendes décide de délivrer des visas à tous ceux qui en demandent. Le 20 juin 1940, l’ambassade britannique alerte le ministère des Affaires étrangères. Ce courrier amène les autorités portugaises à envoyer des émissaires en France pour faire cesser l’action du consul.


Désobéissance au Pays Basque (7 min. 36 s.)

Le 20 juin, Sousa Mendes se replie au consulat de Bayonne, imposant son autorité au vice-consul, et continue à attribuer massivement des visas. Bien qu’ayant été relevé de ses fonctions le 23 juin, il poursuit son action salvatrice à Hendaye, allant jusqu’à faire passer la frontière à un convoi de réfugiés, le 25 juin à Biriatou. La frontière est fermée à l’approche de l’armée allemande qui atteint Hendaye le 27 juin 1940.


Un refuge éphémère (3 min. 6 s.)

S’il est difficile d’obtenir un visa de transit portugais, il est également compliqué de quitter le Portugal, même en possédant tous les documents légaux. Les visas de transit ayant une durée maximale de 30 jours, les bénéficiaires sont obligés de sortir du pays avant ce trentième jour ou bien de renouveler les autorisations. Ils peuvent être expulsés le cas échéant.


Arriver au Portugal (7 min. 1 s.)

Des milliers de réfugiés entrent au Portugal – l’un des rares pays neutres d’Europe qui maintienne des liaisons maritimes – principalement pendant l’été 1940 avec des visas délivrés par Aristides de Sousa Mendes, alors que le ministère des Affaires étrangères portuguais refuse de leur en concéder. Le régime dictatorial (Estado Novo) craint l’influence que les étrangers peuvent exercer sur les Portugais dans ce pays pauvre et conservateur.


Entre les griffes des nazis et de Vichy (7 min. 12 s.)

De nombreuses personnes qui désiraient quitter la France n’ont pu le faire, faute de papiers ou faute de moyens de transport. Pour les réfugiés qui restent dans l’hexagone, le retour, lorsqu’il est possible, prend de nombreuses semaines voire des mois. Les occupants allemands refusent en effet le retour des réfugiés dans les zones dites interdites instituées dans le nord-est de la France. Les autorités françaises, quant à elles, dès la fin du mois de juin, emprisonnent des étrangers jugés dangereux.


Arsitides de Sousa Mendes (4 min. 51 s.)

Aristides de Sousa Mendes fait une carrière diplomatique, épisodiquement au Ministère des Affaires étrangères à Lisbonne et surtout dans des postes consulaires de pays très divers où il réside avec toute sa famille (12 enfants vivants). A 55 ans, il est nommé consul de première classe à Bordeaux. Jusqu'à la guerre, il agit dans le cadre consulaire ordinaire. Mais, dès 1939, Sousa Mendes ne respecte pas à la lettre les règles draconiennes imposées par le ministère des Affaires étrangères relatives à la concession de visas de transit.


Procès et sanctions (8 min. 54 s.)

Le 24 juin 1940, le ministère des Affaires étrangères portugais ordonne au consul de regagner le Portugal, instruisant immédiatement contre lui un procès disciplinaire. António de Oliveira Salazar qui, depuis 1936, cumule les fonctions de président du Conseil, de ministre de la Guerre et de ministre des Affaires étrangères, est implacable.


Réhabilitation (8 min. 39 s.)

Aristides de Sousa Mendes décède le 3 avril 1954 à Lisbonne. Son registre des visas archivé au ministère, son action de sauvetage tombe dans l’oubli. Parmi les personnes qu’il sauva, très peu savent que ce diplomate a désobéi. La première reconnaissance vient d’Israël en 1966. Sur proposition du rabbin Kruger, Yad Vashem le nomme Juste parmi les Nations. Au Portugal, sa reconnaissance et sa réhabilitation sont une procédure longue et remplie d’embuches.