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À noter : les Archives départementales de la Gironde seront fermées au public les 14 et 15 juillet prochains.

L'étoile de la discrimination - Cycle 3

À partir d’un corpus de documents conservés aux Archives départementales de la Gironde, les élèves apprennent comment les administrations allemandes et françaises organisent la discrimination des Juifs. Pourquoi et comment les Juifs ont dû porter l’étoile jaune et être ainsi discriminés dans la rue ?

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Enfants portant l'étoile jaune.

Objectifs :

  • Consulter et étudier des documents d’archives pour reconstituer les étapes de l’organisation du port de l’insigne.
  • Comprendre à travers ces documents ce que la Collaboration signifie (mesures antisémites prises par les autorités allemandes, relayées par l’Etat français, application des mesures localement).
  • S’initier au travail de l’historien en étudiant des documents sources.
  • Rencontrer des documents originaux de différentes époques et de différentes natures.

Retrouvez ici les liens avec les programmes et le socle commun de connaissances, de compétences et de culture.

 

Prérequis :

Avoir abordé en classe la Seconde Guerre mondiale dans le cadre du thème 3 du programme d’histoire de cm2.

Les élèves savent que l’effondrement militaire de juin 1940 entraîne la partition du territoire national (zone occupée/zone libre) et la mise en place du régime de Vichy qui choisit la collaboration avec l’occupant allemand. Dans ce contexte, des lois anti-juives (recensement, interdiction d’exercer certaines professions, ségrégation dans l’espace public) sont mises en place dès 1940 (cf. chronologie ci-jointe).

Les documents nécessaires à la réalisation de cet atelier sont disponibles ici :

Les livrets de l'enseignant et de l'élève sont disponibles en format PDF mais nous vous proposons également un accès direct à la séquence ci-dessous.


Séquence pédagogique - Première partie

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Extrait de la 8e ordonnance allemande du 29 mai 1942.

Présentation du document d'archives

Le premier temps de cette séquence sera consacré à l’étude de la 8ème ordonnance allemande du 29 mai 1942 relative à « l’insigne spécial des Juifs » ainsi qu’aux instructions officielles auxquelles elle donne lieu. Les élèves ont ici accès à une archive essentielle de la Seconde Guerre mondiale. Rédigé par ceux qui ont été à l’origine de la discrimination exercée à l’encontre de la population juive de France, ce document permet de comprendre comment ce processus a été mis en œuvre, tout en attestant du rôle primordial qu’y a joué la Collaboration.

 

Document 1 : ordonnance allemande du 29 mai 1942 et instructions officielles

Ordonnance allemande dont l’objet est « l’insigne spécial des Juifs ».

C’est un document dactylographié établi par Karl Oberg, daté du 29 mai 1942 et adressé à Fernand de Brinon.

Elle est suivie des Instructions de Fernand de Brinon (délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés), datées du 30 mai 1942, à l’intention des préfets de la zone occupée.

 

Que dit ce document ?

L’ordonnance présente « les mesures à prendre contre les Juifs » décidées par l’Autorité allemande et dont l’exécution sera assurée par la police française. Elle définit ce qu’est « l’insigne des Juifs » ainsi que la manière dont il devra être porté. Elle précise la date de mise en vigueur de cette mesure, ses modalités de communication à la population et les pénalités prévues en cas d’infraction.

Dans ses instructions, Fernand de Brinon rappelle avec insistance la date à laquelle tous les Juifs de la zone occupée devront être en possession de leurs insignes. Il précise les modalités de remise des étoiles et donne la procédure à suivre si ces dernières sont en nombre insuffisant ou en excès.

 

Exploitation pédagogique

Dispositif : travail en groupe classe

La lecture de ce document administratif, type de texte auquel les élèves ne sont jamais confrontés, peut poser quelques difficultés. Outre le vocabulaire, qui est explicité dans le lexique alphabétique (voir les documents pour les élèves), c’est l’organisation même du document qui peut faire obstacle à sa compréhension. On peut donc envisager une lecture fractionnée, guidée par l’enseignant(e), au cours de laquelle on prendra soin de dégager la structure du document : Fernand de Brinon reprend l’intégralité d’une ordonnance allemande et la transmet aux préfets en y joignant ses instructions.

Afin de guider et d’aider les élèves dans leur lecture, nous vous proposons de mettre à leur disposition les documents suivants :

Retrouvez ici quelques pistes de différenciations possibles.

L’implicite du document :

Une fois le document bien analysé et compris, on notera avec les élèves qu’à aucun moment l’ordonnance ni les instructions officielles n’expliquent pourquoi cette nouvelle discrimination est mise en œuvre.

Pourquoi cette mesure ?

  • Inspirer un sentiment de rejet vis-à-vis d’une population déjà prise pour cible par l’ensemble des médias en la mettant encore un peu plus à l’écart de toute vie sociale. Il s’agissait ici de marquer pour exclure.
  • Mieux contrôler la population juive en permettant de l’identifier à chaque instant dans l’espace public. Cette mesure facilitera les arrestations et les déportations vers les camps d’extermination (déjà engagées depuis le 27 mars et qui s’intensifieront à l’été 1942).

Le 8 juillet 1942, une neuvième ordonnance allemande parachève l’isolement des Juifs en leur interdisant de fréquenter les établissements publics tels que les cafés, les restaurants, les théâtres, ou encore les bibliothèques, les marchés ou toutes les manifestations sportives.


Séquence pédagogique - Deuxième partie

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Extrait d'un état d'émargement pour la remise des insignes. 6 juin 1942.

Présentation des documents d'archives

La seconde partie de cette séquence pédagogique consiste à mettre en relation des documents d’archives : s’appuyant sur les connaissances acquises lors de l’étude du document 1, les élèves analysent 4 autres documents sélectionnés dans les Archives départementales de la Gironde. Adoptant la démarche de l’historien, ils en identifient la date, le type, l’auteur, le destinataire, et au fil de leur lecture, en comprennent le sens, percevant les liens que ces documents entretiennent les uns avec les autres.

Le document 1 mettait en lumière la volonté de l’Occupant de marquer la population juive. Il permettait de comprendre les modalités de cette discrimination et de prendre la mesure du concours apporté, pour sa mise en œuvre, par les plus hautes instances de l’administration de Vichy.

Les documents 2, 3, 4 et 5 attestent de la traduction concrète de cette ordonnance allemande au niveau des commissariats de quartiers et donc pour la population juive.

 

Document 2 : état d'émargement pour la remise des insignes. AD Gironde, 103 W 121/2004 et document 3 : état d'émargement pour la remise des insignes. AD Gironde, 103 W 121/2006.

Etats d’émargement pour la remise des insignes. Ce sont des documents dactylographiés établis par le commissaire de police du XIIème arrondissement de Bordeaux et transmis au commissaire central le 6 juin 1942.

Que disent ces documents ?

Ces tableaux présentent les noms, prénoms, dates et lieux de naissance, adresses et signatures des personnes s’étant déplacées au commissariat du XIIème arrondissement de Bordeaux pour y recevoir leurs insignes et ceux des personnes qui composent leur famille. Les fonctionnaires de police y ont également noté les numéros et la provenance des cartes d’identité ainsi que les points textiles prélevés sur les cartes de rationnement (colonne P. = point textile, R. = remis, N.R. = non remis).

Le commissariat couvrant les secteurs du XIIème arrondissement de Bordeaux (quartier de la Bastide) ainsi que la commune de Floirac, les émargements ont été réalisés sur deux documents distincts.

 

Document 4 : tableau

Tableau établi par le commissariat du XIIème arrondissement de Bordeaux. Ce document manuscrit n’est pas daté.

Que dit ce document ?

On y retrouve les informations chiffrées concernant la remise des insignes. Reprenant les tableaux d’émargement, les policiers ont comptabilisé les insignes remis aux Juifs de leur secteur ainsi que les tickets de textile reçus. L’administration leur ayant fourni un nombre trop important d’insignes (84), ils notent qu’ils en renvoient 33, comme cela leur était demandé dans l’ordonnance. Ce document de synthèse était très souvent joint au rapport des commissaires.

 

Document 5 : compte-rendu d'exécution

Rapport (ou compte-rendu d’exécution) dactylographié du 6 juin 1942 établi par le commissaire de police du XIIème arrondissement de Bordeaux et de la commune de Floirac à destination du commissaire central.

Que dit ce document ?

Ce document reprend les informations du document précédent et atteste que l’ordonnance allemande du 29 mai 1942 a bien été exécutée par les forces de police du XIIème arrondissement de Bordeaux. Il précise le nombre d’insignes reçus (84), remis (51), restants (33) ainsi que le nombre de points de textile récupérés (11).

 

Exploitation prédagogique

Dispositif : travail en groupes

À ce stade, il nous semble pertinent de donner simultanément ces 4 documents à chaque groupe d’élèves.

Consigne : « Nous allons maintenant étudier 4 autres documents issus des Archives départementales de la Gironde. Prenez le temps de bien lire chaque document en vous demandant :

  • Qui a écrit ce document ?
  • Quel type de document est-ce ?
  • Quand a t-il été rédigé ?
  • À qui est-il destiné ?
  • Que nous apprend-il ? »

Mise en commun : elle sera l’occasion de vérifier la compréhension de chaque document et de faire émerger, par un questionnement, les liens qui existent entre eux.

Ainsi, il est possible de vérifier les informations données dans le tableau (doc. 4) et le rapport (doc. 5) à partir des états d’émargement (doc. 1 et 2).

Le rapport et le tableau mentionnent 17 israélites, les 17 noms sont bien présents sur les états d’émargement.1

Est-ce logique de fournir 51 insignes ? Oui, l’ordonnance allemande (page 3) précisait que chaque Juif devait en recevoir 3. Cela est d’ailleurs rappelé sur chaque état d’émargement : « Les israélites soussignés reconnaissent avoir reçu trois insignes… »

11 points de textile2  ont été récupérés pour 17 personnes. On retrouve effectivement cette information dans la colonne P des deux états d’émargement. Certaines personnes n’ont pas pu remettre de points textiles, ils sont notés N.R (non remis). Cette éventualité avait été envisagée dans les instructions de Fernand de Brinon (doc. 1 page 7).

Le rapport précise que ces 11 points textiles ainsi que les 33 insignes non distribués sont remis au commissariat central, c’était aussi une demande allemande relayée par Fernand de Brinon (doc. 1 pages 4 et 7).

Il est important d’amener les élèves à remarquer que 3 enfants de 9, 11 et 7 ans figurent sur ces états d’émargement du 6 juin 1942 (doc. 2 lignes 1 et 3 – doc.3 ligne 6).

À ce stade, les élèves doivent avoir compris ce dont ces 4 documents attestent : la police, conformément aux ordres qui lui étaient donnés, a procédé à la distribution des « insignes des Juifs ». Les documents 2, 3, 4, et 5 sont destinés à rendre compte de cette distribution auprès du commissariat central. Les élèves peuvent ici terminer de compléter la chaîne hiérarchique des ordres en traçant une flèche, ascendante cette fois, et en y associant les documents transmis.

Retrouvez ici quelques réponses aux questions fréquentes des élèves.


Institutionnalisation

Nous vous proposons ici une trace écrite possible de cette séquence.

L’étoile de la discrimination

À partir du 7 juin 1942, l’occupant allemand et l’administration française imposent à tous les Juifs de la zone occupée de plus de 6 ans de porter une étoile jaune dans l’espace public. Dans les jours qui ont précédé, les Juifs ont dû se rendre dans le commissariat de leur quartier pour recevoir trois insignes par personne en échange d’un point de textile. Cette loi avait pour but de mettre les Juifs en marge de la société, d’attiser la haine contre eux et de pouvoir les identifier à tout moment pour mieux les contrôler. Ceux qui ne respectaient pas cette loi discriminatoire risquaient une amende, une peine de prison et/ou l’enfermement dans un camp. Ce marquage de la population juive a facilité les arrestations et les déportations vers les camps d’extermination qui vont s’intensifier à l’été 1942.


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