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Hôtel des monnaies de Bordeaux

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Présentation du fonds

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  • répertoire numérique de la sous-série 10 B
    • Présentation du producteur

      L'Hôtel des Monnaies, appelé dans le langage courant "La Monnaie", est un terme qui recouvre plusieurs réalités. : tout d'abord le bâtiment puis l'atelier monétaire, enfin la juridiction établie auprès de celui-ci. Cette dernière s'intitulait à Bordeaux "Chambre particulière de la Monnaie" par opposition à la Cour des Monnaies de Paris, ou "siège de la Monnaie", et tardivement "Tribunal". Mais ses fonctions étant autant administratives que judiciaires par la surveillance qu'elle exerçait sur l'atelier, il est difficile de la distinguer de celui-ci et on peut l'englober sous le terme D'"Hôtel", d'autant que cette dénomination s'applique souvent à une juridiction.

      1/ La monnaie de Bordeaux, histoire et locaux.

      Le monnayage de Bordeaux est attesté à la fin du VIe siècle et on a pu dresser pour le VIIe siècle une liste des monetarii. Le siècle suivant voit une éclipse presque totale du monnayage bordelais et sous les Carolingiens les émissions restèrent sporadiques. A la fin du Xe siècle, la monnaie comtale apparaît et c'est à cette époque que le chapitre Saint-André reçoit un tiers des droits de seigneuriage sur la monnaie frappée à Bordeaux. Ce privilège durera jusqu'en 1701.

      Au milieu du XIe siècle commence le monnayage des ducs d'Aquitaine, qui eut suffisamment d'ampleur au siècle suivant pour faire des monnayeurs l'aristocratie des métiers de Bordeaux. Mais il faut attendre le XIIIe siècle pour avoir des témoignages plus précis.

      En 1262, un texte mentionne une maison de la Monnaie "domus in qua moneta fieri consuevit"... "juxta plateam Sancti Projetti" à l'emplacement de la rue de Cheverus .

      L'atelier émigra à Saint-Macaire en 1272 et ne revint à Bordeaux qu'en 1305. A cette date, le maire et les jurais de la ville concèdent au Connétable un vacant pour y construire une maison de la Monnaie. Celle-ci, conçue primitivement comme provisoire, fut conservée en 1329 .

      Lors de la conquête, Charles VII maintint l'atelier de Bordeaux qui fut aliéné de 1462 à 1468 à Charles de France. Au XVIe siècle, l'atelier est organisé et reçoit la lettre K par ordonnance royale du 14 janvier 1540 .

      En 1655, les monnayeurs de Bordeaux reçoivent des privilèges royaux. L'atelier fut fermé en 1685 pour quelques années, une des raisons étant que les locaux étaient inhabitables. Ils furent rebâtis au même endroit place de l'Ombrière, vers 1730. Mais en 1755, l'on pensait bâtir un nouvel hôtel, car l'état du bâtiment ne donnait pas foute satisfaction :

      "L'hôtel de la Monnoye de Bordeaux est scitué à l'entrée d'une des portes de la ville nommée la porte du Caillau, dont l'emplacement est par luy même très précieux par la proximité de la Rivière. Les bâtiments consistent en un édifice de façade sur la rue appelée le chay des Farines et la place du Palais ; dans le bas au rès de chaussée en entrant sont les bureaux du directeur du Change et dépôt des matières en très mauvais état.

      Au dessus de ces bureaux est un édifice à deux étages et une mansarde divisée en quatre petits logemens pour le directeur, le controlleur et les deux juges gardes. Sur la même façade de la place du Palais est la fondrie au dessus de laguelle est le bureau des Trésoriers de France...

      On entre dans la Monnoye par un corridor qui conduit dans une cour où sont, à main droite, les moulins pour passer les lames, ensuite et du même cotté sont les écuries, au dessus des greniers à foin, la forge du serrurier avec son logement au dessus ; à cotté gauche en entrant dans cette cour, la Chambre des Délivrances, une chambre pour servir de Parquet, une forge pour le graveur, une Chambre au dessus, le tout en très mauvais état.

      A la suitte de la Chambre des Délivrances, est le monnayage et l'ajustage ; au dessus ensuitte une chambre pour délivrer aux ajusteurs et monnayeurs, le blanchiment, un chay à bois ; au dessus est le laboratoire de l'essayeur et son logement.

      Ces édifices, bâtis depuis 26 ou 27 ans, sont en très mauvais état et demanderoient beaucoup de réparations, lesquelles avec ce qu'on retireroit de l'Hôtel de la Monnoye avec ses dépendances suffiroit à bâtir un bel Hôtel de la Monnoye et l'on ne croit point exagérer en disant qu'on retireroit de l'Hôtel de la Monnoye dans l'état où il se trouve cent vingt à cent trente mille livres et qu'il en coûterait au moins vingt-cinq à trente mille livres pour les réparations à faire qui sont indispensables..."

      On retira en effet plus de 140.000 livres de la vente de cet hôtel, mais la construction des nouveaux locaux, près de Sainte-Croix, rue des Capucins, atteignit 160.000 livres. Les travaux adjugés le 25 septembre 1756 furent terminés en 1759 et cette année-là un arrêt du Conseil du 9 février prescrivit le transfert de l'atelier et de la juridiction dans le nouvel hôtel à compter du 1er avril .

      Voici quelle était la distribution intérieure des bâtiments :

      "Rez-de-Chaussée. A gauche d'un passage voûté conduisant dans la grande cour, le bureau de change, puis le bureau de dépôt des matières. A gauche, le bureau particulier du directeur. Dans l'aile en retour, après un escalier, bureau pour recevoir les lames du moulin et des cisailles ; puis salle à manger du directeur.

      Dans l'aile de droite, cuisine, chambre des lavures, fonderies de l'argent, fonderie de l'or ; au-dessous, cave pour le charbon.

      Après la fonderie de l'or, l'essayerie et divers services pour le directeur.

      Dans le logis, au fond de la grande cour le blanchiment et la marque sur tranche.

      Sur une petite cour, boutique du serrurier avec logement au-dessus ; escalier conduisant à l'ajusterie, au parquet et greffe. A côté de cet escalier, bureau pour délivrer aux monnayeurs et aux ajusteurs ; puis monnayage avec forge et, au-dessus, l'ajusterie.

      Dans le monnayage, pièce destinée à renfermer les flans et les équipages, puis bureau de la délivrance, logement de l'essayeur, logement du graveur.

      Dans l'aile de gauche, en entrant, moulins, à côté desquels l'escalier conduisant au laboratoire, au-dessus des moulins.

      Premier étage. Logement du directeur, à gauche, comprenant onze pièces ; logement du contrôleur, à droite, formée de sept pièces.

      Deuxième étage. Indépendamment de quatre pièces destinées aux domestiques du directeur, logement de deux juges : pour l'un, huit pièces, pour l'autre, cinq..."

      Mais ces locaux eurent besoin, eux aussi, de réparations ; en 1784 fut dressé "un devis estimatif des réparations à faire aux divers ustencilles de la Monnaie de Bordeaux et à quelques-uns des appartements qui composent cet hôtel" .

      Les locaux devinrent malcommodes, car la Municipalité refusa au directeur de la Monnaie la permission d'ouvrir une porte de communication avec l'ancien couvent des Capucins dans lequel avait été installé le service du laboratoire .

      II avait été d'ailleurs question depuis le début de la Révolution de supprimer les ateliers monétaires de province. Lhoste, directeur de la Monnaie, adressa un mémoire au directoire du département contre cette mesure. Cependant, le 25 septembre 1792, son gendre Duthil fut nommé commissaire du Gouvernement près de l'atelier et la loi du 6 pluviôse an II (25 janvier 1794) ne laissa subsister que l'atelier de Paris. L'atelier de Bordeaux fut rétabli par la loi du 22 vendémiaire an IV, qui créait à nouveau huit ateliers pour la frappe des monnaies de bronze, et frappa par la suite des espèces d'or et d'argent.

      Un arrêté des Consuls du 22 germinal an VIII transféra l'Hôtel des Monnaies dans l'ancien séminaire, rue du Palais Gallien . Voici la raison de ce changement de locaux que donne Bernadeau dans ses Tablettes :

      "l'Atelier de la Monoye vient d'être transféré aujourd'hui du quartier des Capucins où il était depuis 50 ans au Grand Séminaire, rue de la Raison. Ce déplacement a convenu au directeur Lhoste, qui s'ennuyait d'habiter un quartier un peu désert" .

      En 1833, il fut à nouveau question de supprimer les Hôtels des Monnaies des départements ; l'intervention d'Henry Fonfrède en faveur de celui de Bordeaux le sauva, mais, au milieu du XIXe siècle, son activité était réduite et il fallut en 1869-1870 les efforts du Conseil général pour en empêcher la fermeture . En 1870-1871, la Monnaie de Bordeaux frappa des pièces de 2 francs et de 5 francs avec pour différent un M au centre d'une étoile. Après la guerre, c'était le seul atelier de province, mais la fermeture ne tarda pas ; elle eut lieu le 32 Janvier 1878.

      On pensa installer dans l'Hôtel un lycée de jeunes filles, mais il devint finalement l'Hôtel des Postes le 20 février 1894.

      II/ Le personnel.

      Des généraux maîtres des monnaies apparaissent sous Philippe-Auguste, avec juridiction sur le fait des Monnaies pour tout le royaume. Ils furent séparés vers 1346 de la Chambre des Comptes et formèrent en 1358, une Chambre des Monnaies. Leur nombre en 1359 était de hui, dont un pour la Guyenne ; il passa à 4 en 1461, à 6 en 1483, puis revint à 8 en 1494 et fut porté à 11 en 1523. Par ledit de janvier 1551-1552, Henri II érigea la Chambre des Monnaies en Cour souveraine. Celle-ci comptait 34 membres à partir de 1645. Les conseillers reçurent des "départements" par l'édit de juin 1646. La Guyenne et le Haut-Languedoc en formaient un.

      Sur le plan local, chaque hôtel des Monnaies avait une juridiction composée du général provincial, de deux juges-gardes, d'un contrôleur contregarde, d'un garde scel, d'un avocat du Roi, d'un procureur, d'un greffier et de deux huissiers.

      Les généraux provinciaux étaient appelés "subsidiaires", car ils ne connurent tout d'abord des affaires que subsidiairement aux Généraux Maîtres des Monnaies. Ils avaient été établis pour gouverner les Monnaies des anciennes principautés féodales et furent supprimés en 1549, rétablis en 1577, et à nouveau supprimés par un édit de juin 1696 qui créa à leur place 28 "conseillers du Roi, généraux provinciaux", dont un pour la ville de Bordeaux elles élections de Bordeaux, Périgueux, Agen, Condom et Sarlat.

      Cet office était évalué en 1755 à Bordeaux à 10.000 livres. Il fut vendu en 1768 14.000 livres. Les gages étaient de 450 livres. Les titulaires sont mal connus :

      • Gineste
      • RM. Floch (1754-1769)
      • Suire(1770-1771...)
      • Vacance... 1773-1775
      • Bastar
      • Garnung de la Lande (...1778-1790)

      Le général provincial présidait les assemblées de la juridiction, sauf celles concernant le travail des monnayeurs et la clôture des boîtes. Il veillait à l'enregistrement des ordonnances et arrêts de la Cour des Monnaies, recevait les officiers nommés, les orfèvres, les changeurs, paraphait les registres, faisait les inventaires d'outils et de machines servant à la fabrication et présidait les jugements.

      II était assisté par les juges-gardes. Ceux-ci se disaient créés par l'édit de Pistes de 864, mais en fait ce fut l'édit de juillet 1214 qui créa leur office, ainsi que ceux de contregarde, d'essayeur, de tailleur et de monnayeur.

      Leur nombre fut fixé en 1369 à deux par Monnaie. On ne connaît pour Bordeaux que quelques-uns de ces gardes :

      • Baudet et Picart 1474
      • Pierre de Bailloc et Robert Chavigneau .

      Leurs fonctions furent réglementées en 1540 et 1554. Ils devaient veiller à ce qu'aucun étranger ne pénètre dans l'Hôtel à ce que les maîtres des Monnaies ne falsifient pas les poids et balances, surveiller les essais, affinements et délivrances et mises en boîte des deniers.

      La tenue des registres des baux des brèves faits aux monnayeurs, ainsi que la distribution des dénéraux, était à leur surveillance. Ils devaient en outre assister au monnayage et juger la qualité des flancs et des fers. Une déclaration du 25 octobre 1689 les obligea à tenir un registre des délivrances avec la quantité, poids et titre des lingots affinés, à faire clore chaque année les boîtes de l'ouvrage de l'année et à envoyer les deniers emboîtés et le registre des délivrances au greffe de la Cour des Monnaies.

      Ils exerçaient la juridiction contentieuse sous la présidence du général provincial ou en l'absence de celui-ci. L'office de juge-garde, estimé à 12.000 livres en 1755, ne se vendit cette même année que 8.000 livres. Les gages étaient de 200 à 300 livres. Titulaires :

      • Isaac Jouvenel (...1685-1715...)
      • G. D. de Materre (...1722-1755)
      • P. Princeteau (1755-1790)
      • J. David (1696-1713)
      • J B. David (1713)
      • J. Tarrasson (1713...)
      • J.J. Dunes (...1721-1743)
      • J. A. Pelligneau (1749-1790).

      L'office de contregarde fut créé en 1214 et réglementé en 1554 et 1586. Il avait droit de regard sur tout le travail ; il devait tenir registre des matières d'or et d'argent des brèves, assister les juges-gardes. Cet office fut remplacé en juin 1696 par celui de "contrôleur contregarde". La finance en était estimée en 1755 à 11.000 livres et les gages à 900 livres.

      Titulaires :

      • P. Marot (1697-1723)
      • J. Le Goy (1723...)
      • P. Rivière (1748...).

      L'office de procureur du Roi fui créé par un édit d'août 1555. Le titulaire devait faire observer les règlements et veiller à la conservation des droits du Roi. A Bordeaux, cet office a vu sa finance croître (1.200 livres en 1754 et 1759 ; 8.000 livres en 1765 ; 10.000 livres en 1777) ; les gages étaient évalués à 50 livres.

      Titulaires :

      • P. D. Arbouet (1699...)
      • R. M. Floch (1739-1754)
      • G. Monlun (1754-1759)
      • A. Laduguie (1759-1765)
      • G. Monlun (1765-1777)
      • Herbert (1777...). Substituts :
      • P. D. Arbouet (...1699)
      • P. Davidar (1699-1703)
      • J.-P. Fau (1703-1713)
      • -J. Jay père (1713-1745)
      • J. Jay fils (1745-1764)
      • G. Lainier (1764...).

      Avocats du Roi : cet office fut créé par édit d'octobre 1708. Les gages étaient évalués en 1755 à 40 livres :

      • G. Roret (1692...)
      • H. Paiot (1714...)
      • M. J. E. Tiron (1747- 1773, suppression)

      La Chambre particulière de la Monnaie de Bordeaux comprenait aussi un greffier en chef et des greffiers, un huissier audiencier et des huissiers ordinaires.

      A côté de la juridiction, la Monnaie comptait d'autres officiers chargés de la fabrication. Celle-ci fut d'abord affermée.

      Nous connaissons quelques-uns de ces maîtres :

      • Jaubert de Chicques (...1482-1486...)
      • Robert Giraud (1513) (différent : R)
      • le même (1527-1528) (différent : G)
      • Jehan de la Fontaine (1532-1535) (différent : F)
      • Charles Martin (1537-1739) (différent : C)
      • le même (1539) (différent : une étoile)
      • Robert Richard (1547-1549) (différent : R)
      • J. Mallush (1602-1605)
      • P. Tisier (1659...)
      • Th. Dabadie (1685-1689)
      • fermeture
      • Langlois, sieur de Vaurain (1696).

      Ledit de juin 1696 créa à la place des maîtres des Monnaies des offices de "Directeur et Trésorier particulier de la Monnaie de...". Leur rôle était de faire le change des matières destinées à être converties en espèces, de se charger des deniers passés en délivrance et de faire toutes les dépenses concernant la régie des monnaies : ils envoyaient chaque mois au Directeur général des monnaies des bordereaux de recettes et dépenses et tous les ans le compte de matière et le compte de fin, le compte de caisse étant envoyé au Trésorier général des Monnaies.

      Les gages alloués aux Directeurs étaient de 1.800 livres pour 3 quartiers de 2.400 livres. La finance de l'office valait 22.000 livres (elle atteignit 40.000 livres en 1747).

      Titulaires :

      • Bernard de Lamolère (1696-1710)
      • Bernard de Lamolère Sibirol son neveu (1710-1747)
      • Blaise Jeandreau (1747-1759)
      • Antoine Gallant son neveu (1759-1780) (différent : 2 mains entrelacées)
      • A. Dutemple (1780-1788) (différent: un temple)
      • LB. Lhoste (1788-1792) (différent : un caducée)

      Après la remise en activité de l'atelier, furent directeurs :

      • LB. Lhoste (An IV-An XI) (différent : une lampe antique)
      • Duthil, son gendre (An XI-An XIII)
      • Froidevaux (An XIII-1809) (différent : un poisson)
      • Hugues Vignes (1809-1826) (différent : une feuille de vigne)
      • Alex.-Raymond Vignes (1827-1859) (différent : idem)
      • E. Dumas (1860-1867) (différent : pic et massue)
      • H.A. Delebcque (1870...) (différent : croix tréflée).

      Le personnel comprenait un essayeur, officier qui vérifiait le titre des espèces (finance : 200 livres ; gages : 600 livres) :

      • Nicolas Saillant (1527)
      • Arnaud Guoytié (...1722)
      • Pierre Guoytié (1522-1754)
      • Joseph Rivière (1754-1755)
      • PS. Haubet (1755-1768...).

      Il y avait également un graveur :

      • Jean Nogaret (...7 octobre 1620)
      • Pierre Prévost (...7 octobre 1620)
      • René Tastet (...1715)
      • Jacques Petit (1715-1756)
      • Jean Moulinier (...1773-1784) et un serrurier.

      Les ouvriers ajusteurs et monnayeurs étaient en 1755 au nombre de 45. Ils jouissaient de nombreux privilèges donnés par un édit de mai 1655 confirmé par des lettres-patentes du 9 mars 1668, de mars 1717, janvier 1719 et février 1760 (exemption de toute imposition, de toute charge civile, droits de committimus et de porter des armes) .

      Les deux corps des ajusteurs et monnayeurs étaient sous la surveillance de prévôts, chargés de la distribution du travail. Ils étaient élus et les élections avaient lieu tous les trois ans.

      III/ Juridiction de la chambre particulière de la monnaie.

      La Monnaie de Bordeaux ne jugeait pas en dernier ressort : les appels allaient à la Cour des Monnaies de Paris. Elle connaissait de toutes les matières concernant la fabrication (poids, titre...) et l'expédition des espèces (procès-verbaux de mise en boîte et de mise à la voiture des deniers emboîtés). Elle jugeait les malversations des changeurs, affineurs, graveurs, orfèvres, merciers, bijoutiers, fourbisseurs, chez qui elle pouvait ordonner des visites.

      Elle connaissait également des contestations sur les droits de marque et de contremarque appliquées sur les matières d'or et d'argent, des affaires concernant les communautés d'orfèvres et des monnayeurs et ajusteurs, en particulier des élections. Elles recevaient les orfèvres (contrats d'apprentissage, procès-verbaux de réception et d'insculpation de poinçon), les changeurs, monnayeurs et ajusteurs (enquête de vie et mœurs, mise en apprentissage, réception).

      Au criminel, cette juridiction jugeait le billonage (altération d'espèces), le "petit billonage" (refus d'une pièce pour sa valeur) et la fabrication, exposition et distribution de fausse monnaie, crime de lèse-majesté au second chef. Ce dernier pouvait résulter des délits suivants :

      • 1/ fabrication de bonne monnaie sans permission royal ;
      • 2/ matières fausses ;
      • 3/ fabrication en dehors des hôtels des Monnaies ;
      • 4/ falsification de l'effigie ou de l'inscription ;
      • 5/ exposition et distribution de fausse monnaie ;
      • 6/ rognure ou altération des espèces pour en affaiblir le titre ;
      • 7/ monnaie plus faible ou de moindre titre ;
      • 8/ réformation en fraude pour son propre compte ;
      • 9/ fonte de la monnaie pour d'autres usages.

      Les hôtels de la Monnaie connaissaient également de tout délit commis dans leurs locaux. En 1727, le lieutenant-criminel de la sénéchaussée de Bordeaux ayant voulu connaître d'une rixe survenue dans la Monnaie de cette ville, il fut rappelé à l'ordre par un arrêt du Conseil du 8 avril.

      Le ressort de la Monnaie de Bordeaux s'étendait sur les élections de Bordeaux, Agen, Condom, Sarlat Périgueux et comprenait en 1745 les villes suivantes :

      • Agen : 2 orfèvres
      • Barbezieux : 1 changeur
      • Bazas : 1 changeur
      • Beaumont de Périgord : 1 changeur
      • Bergerac : 2 orfèvres, 1 changeur
      • Blaye : 1 changeur
      • Casteljaloux : 1 changeur
      • Castillon : 1 changeur
      • Coutras : 1 changeur
      • Damazan : 1 changeur
      • Domme : 1 changeur
      • Eymet : 1 changeur
      • Fumel : 1 changeur
      • Issigeac : 1 changeur
      • Lalinde : 1 changeurv
      • La Réole : 1 changeur
      • Libourne : 1 orfèvre, 1 changeur
      • Limeuil : 1 changeur
      • Marmande : 1 changeur
      • Mirambeau : 1 changeur
      • Monpazier : 1 changeur
      • Montflanquin : 1 changeur
      • Montignac : 1 changeur
      • Nérac : 1 changeur
      • Périgueux : 3 orfèvres, 1 changeur
      • Ribérac : 1 changeur
      • Sarlat : 1 changeur
      • Sainte-Foy : 2 orfèvres, 1 changeur
      • Terrasson : 1 changeur
      • Tonneins : 1 changeur
      • Villeneuve-d'Agen : 1 changeur
      • Villeréal : 1 changeur.

      IV/ Le fonds de la monnaie de Bordeaux.

      Le fonds, sauf exceptions, se constitue à partir de ledit de juin 1696. Les nombreuses lacunes sont dues au désordre gui régnait au greffe, comme en témoigne cette intervention du procureur du Roi :

      "... par une tolérance abuzive et également contraire aux règlements et au bon ordre, depuis bien des années, les greffiers en chef du siège ayant sans cesse négligé de remplir les fonctions de leurs offices et même de fournir des commis pour les représenter, Messieurs les officiers ont été dans la nécessité de se pourvoir de greffiers d'office dans toutes les occasions où leur ministère a dû agir.

      Que de cet abus, il a résulté une dispersion totalle des registres, des minuttes et des liasses de procédure qui ont été instruites aud. siège et des dépôts qui peuvent être à tous égards de la plus grande importance..," .

      Les juges-gardes prescrivirent la réunion de tous les papiers entre les mains de Me Rideau, greffier en chef. Mais lorsque les archives de la Monnaie seront versées au greffe du tribunal civil, d'anciens greffiers détenaient encore certains papiers et nombre d'autres avaient été perdus.

      Si l'atelier monétaire subsiste au XIXe siècle, la Révolution supprime la petite juridiction. La suppression de ces juridictions spéciales qui demeurèrent à l'Hôtel ne fit que mieux comprendre que les temps "gothiques" de l'édit de Pistes étaient révolus.

    • Sources complémentaires externes

      II/ Archives Municipales de Bordeaux.

      - Livres des privilèges, p. 19.

      - Livres des Bouillons, p. 37, 151, 470-472.

      - Registres de la Jurade : 10 septembre 1421 : Johan de Mahtz et Ramon Monadey, monnayeurs, Johan et Bernon Olivey, Rostanh de Cambas, Ramon deu Bosc, Johan de Serras, Ramon Rogey, ouvriers monnayeurs.

      - Délibérations D 92 : refus de la municipalité à des propositions d'extension de la monnaie, rue des Capucins (6 et 11 octobre 1791).

      - Délibérations D 93 : livraison des cloches des églises à la Monnaie (25 octobre, 28 octobre, 16, 28, 30 novembre 1791 ; 26 Janvier, 17 février, 30 mars 1792).

      III/ Archives Nationales, Série Z1B - Cour des Monnaies

      Z1280 A : Procès-verbal de visite des monnaies de la Touraine, du Poitou, du Rochelais, du Limousin et du Bordelais, de l'Anjou et de la Bretagne par le conseiller Thomas Turquain, 1571.

      Z1B 299 : Registre de la recette générale des boîtes, 1595 et 1596, lettre K : Bordeaux.

      Z1B 305 et 356 : États de fabrication (XVIe-XVIIIe siècle) : états remis par les maîtres, puis directeurs des Monnaies au bureau de la Cour des Monnaies, lettre K.

      Z1B 807 à 1013 : Cahiers de délivrance des boîtes.

    • Bibliographie

      Traités anciens :

      - Constans (Germain), Traité de la Cour des Monnoyes et de l'estendue de sa juridiction. Paris, 1658, in-fol.

      - Boizard (J.), Traité des monnoyes..., Paris, 1692, in-12.

      - Abot de Bazinghen, Traité des Monnoies et de la juridiction des Cours des Monnoies, en forme de dictionnaire, Paris, Guillyn, 1745, 2 vol. in-4° (Bibl. Arch. dép. Gironde, E 36).

      - Bettange (de), Traité des Monnayes, Avignon, J. Jouve, 1760.

      Inventaires et guides d'archives :

      - Clémencet (Suzanne), Guide des recherches des les fonds judiciaires et l'ancien régime, Paris, Impr. Nat., 1958, in-4°, XIII-417 p. : Z1 B : Cours des Monnaies de Paris et de Lyon, p. 235-248

      - Bousquet (R.) et Guiraud (D), Répertoire numérique de la Série B, Tribunal de la Monnaie d'Aix. Marseille, 1931, in-4° de X-86 p. (introduction).

      - Cavignac (Jean), Les Hôtels des Monnaies et leurs archives, dans la Gazette des Archives, n° 58, 3e trim. - 1967, p. 157-162

      Hôtel des Monnaies de Bordeaux :

      - Lamothe (L. de), Des découvertes des Monnaies dans la Gironde et des Hôtels des Monnaies de Bordeaux, dans Bull, du Comité Hist., juin 1849, p. 171-185.

      - Lalanne (Émile), Notes de numismatique bordelais, Bordeaux, Gounouilhou, 1892, 18 p., 1 pl.

      - Labadie (Ernest), Un siècle de numismatique bordelaise (1774-1878) dans Rev. Philomatique de Bordeaux, 1916, p. 103-119 et 162-179.

      - Manès (W.) Du monnayage en général et de la monnaie de Bordeaux en particulier, dans Recueil Actes Acad. Bordeaux, t. XXIII, 1861, p. 249-287.

      - Mensignac (Camille de), Les monnaies et médailles frappées à Bordeaux sous l'Ancien Régime, dans Soc. Archéol. Bordeaux, t. XLI, 1924.

      - Ducasse (Joseph), La Monnaie de Bordeaux. Un conflit de juridiction sous Louis XV (1759-1764), affaire Jeandreau, dans Soc. Archéol. Bordeaux, t. LIX, (1954-1956) (paru en 1958) p. 191 et suiv.

      Sur les Lamolère cf. Deminuid Treuillé de Beaulieu (Général), Notice sur la famille de Lamolère, Paris, impr. Blétet, 1907, in-8°, 240 p. et pl.

    • Notes

      GLOSSAIRE

      d'après Abot de Bazinghen

      Traité des Monnaies et de la Juridiction de la Cour des Monnaies

      (Paris, Guillyn, 1746, 1 carte et des tableaux, 2 vol.)

      Ajusteur : "Celui qui ajuste les flaons et les met au juste poids qui doivent avoir les espèces en limant ceux qui sont trop pesans et rejettant ceux qui sont trop légers...", t. I, p. 43.

      Balancier : "machine qui sert à frapper les monnaies...", t. I, p. 80-85 (description de la machine). Cf. flaon.

      Billon : "se dit de tout matière d'or et d'argent, alliée ou mêlée d'une portion de cuivre plus forte ou plus considérable que celle réglée par les ordonnances...", t. I, p. 115-120.

      Boîte : "se dit du petit coffre où l'on enferme les diversez espèces de Monnoies qui ont été essayées, pesées et emboîtées à chaque délivrance, pour être envoyées par les directeurs des Monnoies à la fin de chaque année aux greffes des Cours des Monnoies, pour leur travail être jugé, tant sur ces deniers emboîtés que sur les deniers courans...", t. I, p. 123-125.

      Brève : "poids de flaons que le maître donne au prévôt des ajusteurs pour les ajuster et au prévôt des monnayeurs pour les monnayer. Ce nom a été donné du bref état que le maître et le prévôt doivent faire suivant l'Ordonnance de 1577 sur leur registre, l'un des poids des flaons qu'il donne, l'autre de celui qu'il reçoit...", t. I, p. 129.

      Carrés : "la matrice ou coin d'acier gravé en creux, avec lequel on imprime en relief sur les monnoies les différentes figures qu'elles doivent avoir pour avoir cours dans le public...", t I, p. 133.

      Délivrance : "permission qui est accordée par les juges-gardes aux maîtres des monnaies d'exposer dans le public des monnaies d'or, d'argent ou de billon nouvellement fabriquées t. I, p. 308-311.

      Dénéraux : "poids dont les ouvriers et les tailleurs... sont obligés de se servir pour ajuster les flaons qui doivent être monnayés et les réduire au poids des diverses espèces à fabriquer. Ainsi le dénéral est une espèce de petit étalon qui doit peser juste le poids que doit avoir l'espèce...", t. I, p. 311-312.

      Différent : "petite marque que les tailleurs particuliers et les maîtres des monnoies sont obligés de mettre sur chaque espèce ; cette marque se met dans la légende du côté de l'écusson ou au bas de l'effigie. Ils la choisissent à leur gré tel qu'un soleil...", t. 1, p. 338.

      Essayeur : "officier des monnoies qui par ses opérations éprouve si les matières destinées à la fabrication des espèces et si les espèces fabriquées sont au titre prescrit par les ordonnances...", t. I, p. 445-463.

      Flaon : "morceau de divers métaux qu'on emploie dans le monnayage coupés de la grandeur et de la rondeur des espèces, et réduits au poids prescrit par les ordonnances ; en un mot, les espèces neuves, à qui il ne reste plus que de recevoir au balancier les empreintes de pile et de croix qui leur donne cours dans le commerce...", t. I, p. 511-512.

      Monnayeur : "celui qui fabrique la Monnaie ; c'est le terme de monnayeur qui est aujourd'hui en usage ; on se servait de ceux de monnayer et d'ouvrier dans le tems de la fabrication des espèces d'or et d'argent au marteau, parce qu'ils étaient chargés de toutes les opérations ; mais depuis que l'on fait usage du balancier, les Directeurs des Monnaies ont été chargés de remettre les pièces en flaons aux ajusteurs et monnayeurs et comme ceux-ci ne sont plus chargés que d'ajuster les pièces et de les monnayer, ils suppriment le terme d'ouvrier... Les Monnayeurs et les Ajusteurs ne font qu'un seul corps, les aînés sont monnayeurs, les autres ajusteurs ; ils sont cependant partagés en deux compagnies, avec chacun un prévôt et un lieutenant ils ont aussi un procureur syndic pris alternativement dans les deux compagnies..." t. II, p. 303-321.

      Pile : "terme de monnayage au marteau ; on appelait ainsi le poinçon ou coin sur lequel étaient gravés en creux les armes, la croix et autres figures et inscriptions qui devaient faire le revers des espèces ; c'est ce qu'on appelle à présent les matrices ou carrés d'ecusson... On appelle encore aujourd'hui la pile d'une espèce... le côté de l'écusson...", t. II, p. 493-494 (contraire : teste).

      Tailleresses : "femmes et filles des monnayeurs et ajusteurs qui travaillent avec ceux-ci à tailler les flaons dans les hôtels des Monnaies, et qui les coupant et les limant... les réduisent aux poids des dénéraux...", t. II, p. 608-609.

      Touchaux : "on appelle ainsi dans les monnaies et chez les orfèvres certains morceaux d'or dont le titre a été fixé qui servent à l'essai de l'or avec la pierre de touche...", t. II, p. 668.

      Trébuchant : "se dit d'un certain nombre de grains qu'on retranche sur le marc et qu'on égale sur le nombre de pièces qui le composent, en sorte que chaque pièce soit un peu plus forte que les poids requis pour réparer le déchet qui vient du frais et maniement des espèces qui se font dans le commerce...", t. II, p. 679.