Archives Départementales de la Gironde






Présentation / Les directeurs des Archives départementales de la Gironde
 

LES ARCHIVES DEPARTEMENTALES DE LA GIRONDE - HISTOIRE

Créées dans chaque département en 1790 comme administration districale chargée de collecter les papiers des institutions supprimées comme les Intendances ou les couvents de religieux, les Archives n’ont été formellement organisées qu’à partir de 1796, lorsque leur sont affectés des locaux départementaux.

DES DEBUTS DIFFICILES

Les première années sont difficiles pour les Archives en l’absence de local propre et de crédits affectés.

A l’origine, le premier archiviste, nommé en 1796, Jean-Gabriel Lalanne, n’assure la conservation que des fonds de l’ancienne intendance de Guyenne, du bureau des finances de l’ancienne généralité, du secrétariat de l’ancien archevêché de Bordeaux, des couvents supprimés de Saint-Seurin, Sainte-Croix, La Sauve–Majeure, ainsi que des papiers des ordres des Jésuites, des Dominicains et autres congrégations supprimées. Le local affecté est toujours celui de l’administration départementale, puis, à partir de 1800, de la préfecture. A la suite de plusieurs déménagements de la préfecture et de nombreux tris intempestifs ordonnés par les premiers préfets Thibaudeau, Delacroix et Fauchet, de nombreuses pertes, par destruction ou par aliénation, sont à déplorer dans les fonds anciens jusqu’en 1815. Pendant cette période, les Archives, laissées à l’abandon, sont remises à la garde exclusive de Jean Labrousse, ancien feudiste, jusqu’en 1818.

Dès 1816, le conseil général se préoccupe pourtant du sort des Archives départementales et demande au préfet une réorganisation en dénonçant les administrateurs de l’époque napoléonienne qui sont à l’origine du désordre existant. En 1818, sous l'impulsion du préfet, le comte de Tournon, 5.000 F sont votés pour le transport et la remise en ordre dans le nouveau bâtiment qui a été choisi, l’ancien couvent des Carmes des Chartrons, près de l’église Saint-Louis, qui servait auparavant de caserne pour la compagnie de réserve départementale (ancienne rue Sainte-Thérèse, face à l’actuel marché des Chartrons).

Tournon Préfet de la Gironde de 1815 à 1821

Affiche Préfecture de la Gironde, adjudication définitive du 01-02-1819 (4N 220)

Lettre du Ministère de l’intérieur à M. le Préfet le 13-03-1819 (4N 220)

UNE PREMIERE ORGANISATION

Lettre de l’architecte du département M. Poitevin à M. le Préfet le 09-07-1823 (4N 220)

La nouvelle installation a lieu en septembre 1819. Est également joint aux collections anciennement conservées dans la préfecture, l’ensemble des archives judiciaires de l’Ancien Régime qui se trouvaient au palais de justice. Y figure notamment l’important fonds du parlement de Bordeaux qui remonte à la fin du XVe siècle et dont le dépôt provisoire en 1836 finit par devenir permanent. En 1828, c’est le fonds de l’ancienne garde-note de la compagnie des notaires de Bordeaux qui rejoint les Archives du département (un ensemble de 4.500 liasses).

Pour la première fois, les Archives départementales disposent d’un bâtiment spécialement affecté à la conservation des fonds, mais aussi d’un nouvel archiviste, nommé par le secrétaire général de la préfecture le 15 septembre 1819 : Jean-Georges Geay, âgé de 57 ans, ancien chef de bureau, exerce les fonctions pour un salaire de 1.500 F et un logement de fonction dans le bâtiment.

Le nouveau responsable n’a malheureusement pas le temps de réaliser le moindre travail de classement puisqu’il meurt en fonctions le 5 janvier 1823. Après son remplacement par Charles Johanneton, également fonctionnaire de préfecture, l’activité des Archives retombe d’autant plus que le nouvel archiviste n’est affecté qu’à mi-temps sur son nouvel emploi. Après le décès sur place de Johanneton en 1836, les Archives sont une nouvelle fois laissées à l’abandon.

Le principal obstacle au développement de l’activité des Archives est celui de leur financement non prévu par les textes.
Le préfet doit prélever sur son « fonds d’abonnement » (crédits de fonctionnement annuels) toute dépense relative aux archives et le conseil général n’est tenu qu’à entretenir le bâtiment. Sous l’impulsion du préfet Preissac en 1837, une nouvel effort est consenti par le département avec l’affectation aux Archives d’un crédit spécifique pour l’année suivante ainsi que le recrutement d’un nouvel archiviste.

Plan du local occupé par les archives départementales de la Gironde, 1840

La loi du 10 mai 1838 qui range parmi les dépenses ordinaires des conseils généraux la conservation des Archives départementales permet d’ailleurs de régler le problème juridique de l’origine et de l’affectation des crédits. De 2.400 F en 1838, ils s’élèvent à 3.060 F en 1840 dont 1.000 F pour l’entretien et l’achat de matériel.

Jean-Baptiste Gras, ancien notaire à Auros, est le premier archiviste nommé par la volonté du préfet : il accepte la fonction et entreprend le premier le classement systématique des fonds conservés. Dès 1840, il rédige un état des fonds qui permet de guider le futur utilisateur.

Mais la bonne volonté ne peut suppléer à tout et les locaux de l’ancien couvent apparaissent, à la suite de l’avis du ministère de l’Intérieur (dont dépendent alors les Archives), comme peu propices à la conservation, notamment à cause de la proximité d’un bûcher et de chais contenant de grandes quantités d’alcool. Dès 1857, le préfet et le conseil général sont chargés de trouver un autre bâtiment. L’on s’oriente rapidement vers la solution d’une construction nouvelle.

C’est l’architecte départemental Pierre-Auguste Labbé qui est chargé du projet. Un échange est proposé à la ville de Bordeaux dès 1858 avec le terrain du manège communal rue d’Aviau près du jardin public. Approuvé l’année suivante, le dossier ne reçoit son financement qu’en 1860. Le chantier démarre en 1861 et n’est complètement achevé qu’en 1865.

Affiche Préfecture de la Gironde, construction d’un bâtiment pour le service des Archives départementale

Photographie de la façade principale du bâtiment rue d’Aviau vers 1920 (3T 30)

la salle du rez de chaussée de l’aile ouest rue d’aviau

La nouvelle installation est achevée au cours de l’été 1866 par le chartiste Alexandre Gouget, archiviste nouvellement nommé, après la démission forcée de Gras en février.
Prévu pour 206.000 F, le coût total de l’édifice finira par s’élever à 348.000 F en raison de la modification de certains revêtements intérieurs et du matériau de couverture. Il dispose d’une salle de lecture et de travail commune de 150 m², avec 10 places de consultation, et de 6 km linéaires environ de rayonnages en bois.

LE DEVELOPPEMENT DES ARCHIVES DEPARTEMENTALES (1866-1914)

C’est de la fin du Second Empire que date le premier développement des Archives en Gironde : disposant d’un responsable dynamique et d’un outil de travail non négligeable pour l’époque, le service se consacre à la fois à la collecte de grands fonds d’archives (les fonds de la justice consulaire et de la chambre de commerce de l’Ancien Régime entrés entre 1867 et 1878 et celui de l’amirauté de Guyenne en 1889) et à la mise en application de la circulaire ministérielle du 20 janvier 1854 qui prescrit l’établissement d’inventaires sommaires des fonds.

Jean-Auguste Brutails (1859-1926), membre de l'Institut, archiviste départemental de la Gironde de 1889 à 1926.

Achevant le travail de son prédécesseur, Gouget publie en 1877 le premier volume de la série C (fonds de l’Intendance de Bordeaux), qui comprend 3132 articles. C’est surtout son successeur à partir de 1889, Jean-Auguste Brutails, qui achève au cours des trente-six ans qu'il passe à la tête des Archives départementales de la Gironde le classement et la publication de l’inventaire des fonds anciens : un premier volume de la série G consacré à l’archevêché et la cathédrale de Bordeaux en 1892 et un second relatif aux collégiales et paroisses en 1901, les deuxième et troisième volumes de la série C en 1893 qui portent sur l’intendance et la chambre de commerce de Guyenne, les archives communales en Gironde en 4 volumes (5690 articles) de 1898 à 1908 ; le fonds de l’ancienne maîtrise des Eaux et Forêts (8 B, 828 articles) en 1912 ; l’ancien fonds notarial de la garde-note (3 E, 12 605 articles) en 1913, les fonds des anciens établissements ecclésiastiques (série H, 1335 articles) en 1914.

Quelques fonds contemporains sont pour la première fois classés et leurs inventaires en sont publiés sous la forme de répertoires numériques, beaucoup plus simples à réaliser que les inventaires précédents : les fonds du XIe siècle de la préfecture relatifs à l’instruction publique, aux sciences et aux beaux-arts (série T) de 1800 à 1907 font l’objet d’une publication en 1914, ainsi que le fonds du conseil général (série N) en 1913.

Au milieu des années 1920, une grande partie du fonds ancien des Archives départementales a été classé et publié : en 1925, est publié le début de la série B (58 registres) suivi d’une table en 1927.

Mais dans le même temps, des besoins nouveaux apparaissent liés à l’accueil permanent du public et des fonds d’archives publiques, alors que, comme c’était le cas dans les dépôts d’archives, les bâtiments construits étaient conçus comme de simples lieux de stockage clos.

Ainsi en Gironde, il faudra attendre 1880 pour voir aménager la grande salle d’accueil du public. L’espace avait lui aussi été calculé au plus juste : au départ, les magasins ne dépassent pas 6 km linéaires en capacité de stockage. En 1882, le bâtiment est déjà saturé et de nouveaux aménagements de rayonnages permettent heureusement les années suivantes d’étendre les surfaces à 9 km linéaires. Mais les moyens et les espaces ne sont plus suffisants et de nombreux fonds publics et privés échappent aux Archives de la Gironde. Les extensions sur place ont eu comme conséquence de créer une certaine dispersion dans le rangement des collections, ce qui finit par empêcher la poursuite des classements de fonds (notamment les fonds judiciaires de la série B).

Au moment de la Seconde Guerre mondiale, les Archives, sous l’autorité de Gabriel Loirette, n’ont plus les moyens d’exécuter normalement leurs missions hormis celle d’assurer un minimum d’accueil du public, relativement important pour l’époque : 1556 entrées et 3632 documents communiqués en 1940 soit 5 lecteurs environ par jour ouvrable.

Gabriel Loirette, archiviste départemental de la Gironde de 1926 à 1949.

LES TRANSFORMATIONS DU MILIEU DU XXe SIECLE

Jusqu’à la fin des années 1940, les Archives départementales remplissent leurs missions de collecte avec difficulté. Il en résulte une relative stagnation : accroissement faible des collections (6,250 km linéaires en 1889, 9,342 km linéaires en 1949). Les 118 études notariales girondines, par exemple, susceptibles de déposer leurs minutes d’après la loi de 1928, ne sont que 53 en 1949 à avoir commencé leurs dépôts. Pour remédier à la saturation et à l’incommodité, une intervention lourde s’impose.

Le parti pris par le département est de moderniser le bâtiment lui-même avec l’arrivée d’André Betgé-Brezetz : au lieu de surélever ou même de reconstruire, il est décidé de créer une structure métallique de 8.000 m linéaires sur quatre étages dans le grand magasin originel de l’aile Ouest (3.000 m linéaires seulement de capacité). Ces travaux engagés de 1950 à 1952 permettent aussi la création d’un laboratoire de microfilm.

Les deux premières expositions ont lieu en 1952 dans la grande salle du public. Elles portent sur le pont de pierre de Bordeaux (mai), puis sur la Guyenne sous les rois d’Angleterre (septembre).

Grâce à ces transformations, les dépôts des fonds d’archives publiques de la Seconde Guerre mondiale ont eu lieu sans trop d’encombre. Les publications d’inventaire reprennent aussi : en 1955 paraît un répertoire numérique de la série J (5 à 10 J) qui recense les importants fonds privés reçus depuis 1900.

Une seconde tranche de travaux dans l’aile Est du bâtiment est entreprise entre 1958 et 1962 accroissant encore les capacités de stockage qui atteignent 25 km linéaires environ sur le site de la rue d’Aviau, alors qu’une annexe est ouverte rue de Gironde.

Mais la masse des archives contemporaines qui arrivent dépasse largement les prévisions : le département décide alors en janvier 1968 la construction d’un nouveau bâtiment sur le site de l’université à Talence. Le dossier de construction, porté par Louis Monnier, est finalement abandonné en 1976 par son successeur Jean Valette. Entre-temps, les fonds d’archives définitives qui représentaient 17.204 m linéaires en 1967 ont atteint 22.800 m linéaires en 1976.

Sous l’impulsion de Jean Valette un second souffle est donné à l’action des Archives : en prenant en charge directement le préarchivage des services de la préfecture, les Archives voient le volume des collections doubler en 10 ans passant à 44.758 m linéaires en 1986. Cette fois-ci, un bâtiment annexe de 32.000 m linéaires est construit à Bordeaux, dans les anciens chais de la manufacture Beauvais au cœur du quartier des Chartrons. Ce bâtiment situé impasse Poyenne, est réaménagé de 1984 à 1987 et mis aussitôt en service. Il dispose d’une nouvelle salle de lecture.

Au cours des années 1980-1995, un important élan de publications d’inventaires des fonds modernes est lancé : sont ainsi publiés sous forme de répertoires numériques ceux des séries ou sous-séries 4 E, M, N, 4 O, 2 P-7 P, 3 Q, R et V. De nombreux autres inventaires, notamment pour la nouvelle série des fonds contemporains (W), sont édités sous forme dactylographiée. En 1980, est également fondée une collection de documents-sources pour servir l’histoire de la Gironde qui compte 18 volumes jusqu’en 1997.

Dans les dernières années du Xe siècle, un centre de préarchivage des services de l’Etat est créé à Bègles d’une capacité de 7,5 km linéaires. Cela permet de réserver désormais les magasins de l’annexe de l’impasse Poyenne aux archives définitives. L'Hôtel des Archives de la rue d‘Aviau est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1998 et fait l’objet d’une rénovation interne qui permet de créer notamment une zone de bureaux pour le personnel.

LES ARCHIVES AU XXIe siècle

Avec ses 51 km linéaires de documents en 2000, les Archives sont largement saturées. Il faut à nouveau songer à étendre les espaces existants. Mais il faut aussi mettre l’institution à un niveau technologique utile pour elle-même et ses usagers.

En 2003, le conseil général décide un plan de modernisation des Archives départementales : il est prévu de construire un nouveau bâtiment sur une réserve foncière mitoyenne de l'annexe de l'impasse Poyenne. 5000 m² de nouveaux locaux s'ajouteront aux 6500 existants.

30.000 m linéaires de magasins sont prévus, ainsi que de nouveaux espaces d’accueil pour le public et les personnels. Le nouveau bâtiment utilisera pleinement les TIC pour les différentes fonctions des Archives : un programme spécifique ARCHINUM33 est initié regroupant l’ensemble des opérations (numérisation, création de bases numériques, création d’un réseau) visant à faire des futures Archives départementales un centre de ressources destiné à irriguer l’ensemble des territoires girondins.

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