Archives Départementales de la Gironde






Expositions virtuelles
 
VAUBAN EN GIRONDE CONSACRE PAR L'UNESCO

7 juillet 2008 : la citadelle de Blaye, Fort-Pâté et Fort-Médoc inscrits au patrimoine mondial de l'humanité


Le 7 juillet 2008, l'UNESCO a inscrit la citadelle de Blaye, Fort-Pâté et Fort-Médoc sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité.
Journée du Patrimoine, 16 septembre 2007, animation conçue par Limelight, dans l'escalier d'honneur de l'hôtel des Archives départementales de la Gironde.
Lors des Journées européennes du Patrimoine 2007, les Archives départementales de la Gironde se sont associées aux célébrations nationales du tricentenaire de la mort de Vauban (30 mars 1707).

Ainsi, le dimanche 16 septembre, les visiteurs de l’Hôtel des Archives, 13-25 rue d’Aviau, ont-ils pu découvrir une exposition construite autour de plans issus du fonds du Génie militaire (2 J 7), enrichie de documents des administrations civiles.

La présentation virtuelle qui lui fait écho, plans des XVIIе, XVIIIе, XIXе siècles associés aux photographies de la citadelle dans son état actuel, permet de suivre l’exécution du «dessein » de Vauban et le devenir de son œuvre girondine.

Journée du Patrimoine, 16 septembre 2007, animation conçue par "Limelight", dans l'escalier d'honneur de l'hôtel des Archives départementales de la Gironde.

détail d'un plan de la citadelle de Blaye,1680

En 1685, au cours d’une tournée d’inspection des fortifications le long de la côte Atlantique, qui le conduit d’île en île, Belle-Ile, Houat et Hoedic, puis Ré et Oléron, Vauban remonte la Gironde et fait étape à Blaye.



Carte de l'estuaire, de Cordouan à Bordeaux, XVIIe siècle.Il y séjourne une dizaine de jours, fin octobre, et rédige, à l’attention de Louis XIV, deux projets intitulés Petit dessein et Grand dessein pour la réfection de la citadelle et de l’enceinte de la ville.
Dans le Grand dessein, il propose de fermer l’estuaire par la construction de deux ouvrages supplémentaires : Fort Pâté et Fort Médoc.
Vauban poursuit ensuite son inspection à Bordeaux au Château-Trompette, et l’achève à Bayonne à la citadelle Saint-Esprit.

Carte de l'estuaire, de Cordouan à Bordeaux, XVIIе siècle.


— Vauban et les forteresses de la Gironde


« Ce sont les villes murées qui assurent la tranquillité au-dedans et les fortifications qui font la sûreté des frontières », écrit Vauban en 1700.

« Voici Monseigneur le projet de fortification de Blaye tel que je l’ai pu faire, la situation de cette place étant fort bizarre, et maltraitée des commandements [c'est-à-dire dominée par les hauteurs d’où l’on avait vue sur la forteresse] et sa vieille fortification encore plus. J’ai été contraint d’en faire deux desseins pour vous en mieux toucher les défauts au doigt et à l’œil, et vous donner lieu de pouvoir choisir celui des deux qui vous agréera le plus […].

Comme l’importance de cette place qui peut être considérée comme maritime, ne regarde pas moins Bordeaux que la sûreté de la côte, il me paraît être de conséquence de se rendre maître de la rivière autant que la disposition du lieu le peut permettre […] ».

Ainsi Vauban présente-t-il son mémoire relatif à la fortification de Blaye au marquis de Seignelay (fils et successeur de Colbert comme secrétaire d’Etat de la Marine) dans un courrier envoyé de cette place le 5 novembre 1685.

Il conclut en ces termes : « Elle [la citadelle ainsi remaniée] assurera la côte et le pays, et sera une lunette à Bordeaux qu’elle tiendra dans le devoir par les moyens prompts et faciles qu’elle peut contenir en soi s’il lui arrivait de faire la bête […]. De plus une telle place ne peut être qu’utile et nécessaire dans un pays remuant où il y a grand abord d’Anglais et d’Hollandais, gens de religion contraire à la nôtre, et qui en trouveraient beaucoup en ce pays-ci de la leur, qui n’ont changé qu’en apparence […] ».


Sa tournée d’inspection de la côte océane le conduit ensuite à Bordeaux dont la forteresse Château- Trompette lui semble « être bonne et suffisante […] pour réprimer lePlan du Chateau Trompette, gravure XVIIe,,échelle anglaise,Archives départementales de la Gironde, 2 Fi 3634s émotions populaires d’une populace facile à prendre feu et à se mutiner sans savoir bien souvent pourquoi » et, le cas échéant,« soutenir les formalités d’un siège […] ». Le plan-relief du Château-Trompette est conservé au musée des Plans-Reliefs à l’Hôtel des Invalides à Paris.

        Plan du Château-Trompette, gravure XVIIIе siècle,         échelle anglaise,
       Archives départementales de la Gironde,
        2 Fi 3634


Pour visionner la présentation du Château-Trompette sur le site du musée des Plans-Reliefs,
aller sur« musée », « galerie », « Aquitaine ».

   Chronologie

 MISE EN OEUVRE DU DESSEIN DE VAUBAN

Plan de la citadelle, 1688 et vue aérienne de la ville de Blaye
Plan de la citadelle, 1688, et vue aérienne de la ville de Blaye.
Devis à faire pour la continuation des fortifications de Blaye pendant l’année 1686


Conformément aux plans de Vauban, les travaux les plus importants sont menés par l’ingénieur Ferry de 1686 à 1687.



  Devis à faire pour la continuation des fortifications de Blaye       pendant l'année 1686.
     Archives départementales de la Gironde, C 3769
Les finitions des différents projets se poursuivent jusqu’à la fin du XVIIе siècle.

—  Sur l’ensemble de la place :

  • l’ancienne ville haute disparaît au profit de l’extension de la citadelle ;
  • les courtines sont refaites ;  Profil du glacis à établir, 1713
  • le chemin couvert est élargi, revêtu de maçonnerie, muni de traverses et des places d’armes sont construites à chacun de ses angles ;
  • le glacis et les fossés sont élargis, pour ce faire on procède à l’expropriation et à la démolition des maisons trop proches de la citadelle.

—  Au Sud de la citadelle :

  • construction d'un magasin à poudre (vues 1 à 6 )
  • Plan de ce que est à faire aux environs du bastion du port, 1692

Détail des vues 1, 2 et 3 du magasin à poudre,état actuel.

Vues 4, 5 et 6, magasin à poudre,état actuel.

  • bastion du port : après avoir rasé les anciennes fortifications, le bastion est redressé et pourvu d’orillons (massif de plan semi-circulaire ou carré prolongeant la face du bastion), il prend ainsi une forme moderne.Détail des vues un olliron du bastiondu port, Guéritedu bastion du port

 

 


  • création de la « demi-lune Dauphine » : elle supporte la poterne de communication (sortie) entre la citadelle et la ville. Ce dispositif incluait, entre autres, deux ponts de bois qui pouvaient être brûlés ou brisés en cas d'attaque. Vers 1770, un pont de pierre remplace le pont de bois dont le soutènement en pierre est conservé. demi-lune Dauphine




Vues 1 et 2 : demi-lune Dauphine

plan du pont de la porte Dauphine, état actuel du pont.

 

Pont de la porte Dauphine,
vue 1 plan 1759
,
vue 2 état actuel.

Porte Dauphine


             Porte Dauphine, (vues 1à 7) :
             -1 porte Dauphine façade extérieure état actuel ;
             -2 coupe, 1754 ;
             -3 plan, 1754 ;
             -4 élévation extérieure de la poterne, 1754.

Porte Dauphine

 


—  A l’Est :

  • construction du bastion Saint-Romain et de souterrains sous le cavalier Saint-Romain après destruction des bâtis anciens, dont l’église romane Saint-Romain et les fortifications de 1651 (corne Saint-Romain).
    Bastion Saint-Romain

  • construction de la « demi-lune Royale » reliée à la porte Royale (entrée principale de la citadelle) par un pontconstruction de la « demi-lune Royale » reliée à la porte Royale (entrée principale de la citadelle) par un pont de bois qui pouvait être détruit en cas d’attaque. de bois qui pouvait être détruit en cas d’attaque.

Élévation de la face gauche de la demi-lune Royale, plan signé Tourondel, 1706.
Plan, élévation et coupe du corps de garde de la demi-lune Royale, 1720.


 

             Plan, élévation et coupe du corps de garde de la
             demi-lune Royale, 1720.

Porte Royale




Plan de la citadelle de Blaye, XVIIIe siècle
              Plan de la citadelle de Blaye, XVIIIе siècle.

—  Au Nord :

  • construction du bastion du château après démolition de la corne (ouvrage défensif à double bastion du château, état actuel triangle avancé).

  • restauration du château des Rudel pour servir de logement au gouverneur de la place.
Château des Rudel


 


  • achèvement de la demi-lune du cône.
  • transformation du bastion du cône auquel on rajoute, comme au bastion du port, un orillon.

    Demi-lune du cône, plan et profils, 1735


 

  • Retranchement du cône,détail du plan précedent. intermédiaire entre le front Nord et la rivière, le retranchement du cône, ouvrage incisif à deux faces, est perfectionné.


Vue aérienne de la citadelle, côté Nord et front sur le Gironde.







—  Front sur la gironde  :

  • Tour de l’Eguillette ou Aiguillette, elle appartenait à l’ancienne enceinte médiévale, et, peut-être, romaine. La partie supérieure sera démolie en 1819.
    Avancée sur la rivière, son pied, buté par les flots, est solidement restauré.
    Aux XVII е et XVIIII еsiècles, elle sert detour de l'Aiguillette  magasin à poudre ;


  • réfection des maçonneries du parapet.

    Parapet sur la Gironde, état actuel.


  • « Ouvrages solides et non affamés » : il fallait, en effet, être autonome en cas de siège, d’où la présence de moulins, démolis en 1834, de magasins aux farines, de citerne et de puits.

 

Citerne de l'ancien château des Rudel


 


LE VERROU DE L’ESTUAIREPlan de situation de la citadelle de Blaye, Fort Pâté et Fort Médoc, gravure XVIIIe siècle

 

 


 

 

« […] La dite rivière ayant près d’une lieue de large […], mon avis est de profiter des présents qu’elle nous fait, c'est-à-dire une petite île qui a commencé de se former depuis 15 ou 16 ans, qui peut avoir 4 ou 500 toises de long sur quelques 100 de large, et d’y bâtir une batterie […] laquelle […] verra sur les deux passes […], avec une redoute à mâchicoulis pour la sûreté contre les insultes, ce qui sera assez bon, quand à la passe entre l’île et la place, où la rivière a 600 toises de large, […] on y propose un fort, […] moyennant quoi on sera beaucoup plus maître de la rivière qu’on ne l’est […] », ainsi Vauban proposait-il de fermer le fleuve.

A la citadelle de Blaye, il ajoute Fort Pâté (tour construite dans une île) au milieu de fleuve et Fort Médoc sur la rive opposée, les trois ouvrages croisant leurs feux interdisaient totalement le passage de la Gironde.

   Fort Pâté vu depuis la citadelle de Blaye
     Fort Pâté vu depuis la citadelle de Blaye.

— Fort Pâté :

  • Pour empêcher son enfoncement, les fondations sont assises sur un double grillage.
  • Le toit est aménagé en terrasse pour recevoir des canons et son parapet percé d’embrasures.
    Devis des ouvrages de charpenterie
Devis des ouvrages de charpenterie à faire pour la construction des fondements d’une tour en
l’isle de Blaye en 1691, signé Pierre Michel sieur Duplessy
« adjudicataire général des
ouvrages à faire la présente année à la tour de l’ile de Blaye ».
papier et encre.
Archives départementales de la Gironde, 3 E 4065.

Plans du Fort Pâté, 1819

 Plans du Fort Pâté, 1819 (vues 1 à 8)


— Fort Médoc :

  • Son axe de construction est perpendiculaire à la rivière.Toisé, arpentage, estimation et plan
    Il est constitué de quatre bastions reliés par des courtines : deux tournés vers le fleuve (bastions du Dauphin et de la Mer) et deux du côté Médoc (bastions du Roi et de France).

 


 

  • L’entrée du fort se fait, côté Médoc, par une demi-lune où l’on construit un corps de garde.
  • Le chemin couvert, aménagé autour d’un fossé inondable, est pourvu de quatre places d’armes.Corps de garde du Fort Médoc

 


Corps de garde du Fort Médoc ( vues 1 à 4 )
-1 plan ;
-2 coupes ;
-3 coupes ;
-4 élévations.

 De la citadelle militaire au classement du site au Patrimoine mondial de l'Humanité

— Histoire d’un sauvetage :
     les fortifications du verrou de Blaye préservées du vandalisme

  • 1926 : Les Ponts et Chaussées souhaitant exploiter une carrière à l’est de la demi-lune du Cône, le Génie militaire demande à la ville de Blaye, locataire de la citadelle, de renoncer à la location d’une bande de terrain d’une largeur de 30 mètres.L’exploitation de la carrière commence et entame, sur une longueur de 250 mètres, glacis, remparts extérieurs et fossés.
  • 1930 : Les représentants du ministère de la Guerre et ceux des Travaux publics autorisent, sous réserve de l’accord de celui des Beaux Arts, la démolition de la demi-lune du Cône, bien qu’il soit jugé « fâcheux de porter atteinte à l’intégrité de l’enceinte bastionné du XVIIе siècle ». La défense de la Pointe de Grave, à laquelle la pierre est destinée, étaitt considérée prioritaire.
  • 1935 : Fort Pâté et Fort Médoc sont classés à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques.

  • 1936 : Malgré les protestations du sous-préfet Jacques Guillemaut, du maire Edouard Doré et du conseil municipal de la ville de Blaye, la démolition de la demi-lune du Cône commence.
    Se faisant l’écho de l’émotion des Blayais, le journaliste Paul Raboutet, Blayais lui-même, lance un cri d’alarme dans L’Illustration, repris par L’AveL’Avenir Blayais et Jonzacais, 12 décembre 1936,Archives départementales de la Gironde, 2 I/L 29/13.nir Blayais et Jonzacais et par toute la presse française.
    Il intervient également auprès de Jean Zay, ministre de l’Education nationale et des Beaux Arts, qui donne ordre au préfet de faire cesser toute exploitation.

L’Avenir Blayais et Jonzacais,
12 décembre 1936,

Archives départementales de la Gironde, BIB  2 I/L 29/13.




  • 1937 : Le 27 août, la citadelle de Blaye « avec ses bastions, ses fossés, ses demi-lunes, ses glacis et le terrain militaire qui l’entoure limité par la ligne de chemin de fer à l’Est, au Nord par le bornage du terrain militaire et à l’Ouest par la Gironde » est définitivement classée Monument historique.
    Il faut attendre 1956 pour que Fort Médoc, acheté en en 1932 par la commune de Cussac, soit également classé Monument historique.
  • 1943 : La citadelle est déclassée comme place forte militaire.
  • 1954 : Mise en vente par l’Etat, propriétaire depuis 1947, la citadelle est achetée par la municipalité de Blaye.
  • 2007 : A l’occasion du tricentenaire de la mort de Vauban, le ministère de la Culture dépose un dossier de candidature pour l’inscription de son œuvre architecturale sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO.
    Douze sites fortifiés sont concernés dont l’ensemble formé par la citadelle de Blaye, Fort Pâté et Fort Médoc.
  • 2008
    Le 7 juillet 2008, l’UNESCO a inscrit ces douze sites au patrimoine mondial de l'humanité.
Place de Blaye et dépendances, plan 1864
                     Place de Blaye et dépendances, plan 1864

 

Sylvie Strappini et Christian Dubos



 

Remerciements :
 - M. Jean-Marie Laugery pour les photographies de la citadelle ;
 - la mairie de Blaye pour les prises de vues aériennes. 

Orientation bibliographique :
- La citadelle de Blaye, supplément au n° 24 des Cahiers du Vitrezais, mai 1978.
- Johel Coutura, « Vauban à Blaye 1983 » [catal. d'expo.], n° spécial des Cahiers du Vitrezais, février 1983.
- Anne Blanchard, Vauban, Paris, 1996.

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