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Tout au long de l’existence de la commission des Monuments historiques de la Gironde, l’album occupe une place de choix. Il est conçu, réfléchi, discuté, protégé et conservé par ses membres, qui ambitionnent une publication de qualité.

L’idée de rassembler des représentations graphiques des monuments étudiés par la commission revient à l’architecte Gabriel-Joseph Durand Gabriel-Joseph Durand (Bordeaux, 1792-1858).
Architecte de la ville de Bordeaux (1840-1849),
on lui doit notamment la Galerie Bordelaise (1830-1837).
. Cette proposition est Porte de Rions, par Monsau (1843) A. D. 33, 162T03émise au cours de la séance du 1er juillet 1840 et aussitôt adoptée par les membres.

Durand, nommé « Conservateur des Objets d’Art », en a la charge. Ce titre disparaît avec la démission de l’architecte en 1843, ses attributions revenant alors à l’archiviste de la commission.

 

Porte de Rions, par Monsau (1843) A. D. 33, 162T03

Portail de  l’église de Sainte-Croix-du-Mont, par Léo Drouyn (1846)

 

Durand conçoit cet album comme un atlas regroupant des dessins, destiné à aider la commission dans ses travaux et permettant de « conserver le souvenir des monuments ». Le désir de diffusion auprès du grand public, par l’intermédiaire de la publication, émerge de manière simultanée. L’album est également envisagé comme un moyen de présenter au ministre de l’Intérieur les justifications complètes qu’il exige pour qu’un monument soit subventionné. 

Image 1 : Portail de l’église de Sainte-Croix-du-Mont, par Léo Drouyn (1846)
A. D. 33, 162T02

Image 2 : Chapiteaux de l’église de Sainte-Croix-du-Mont, par Léo Drouyn (1846)
A. D. 33, 162 T 02

Financement et réglementation

Placé sous la garde de la commission, l’album appartient au département, qui le finance en majeure partie. Le Conseil général verse en effet une allocation annuelle de 2000 F, aux fins de rémunérer les artistes. Dans un premier temps, les dessins sont conservés dans le cabinet du secrétaire général de la préfecture. En novembre 1840,Gabriel-Joseph Durand instaure quelquesPhare de Cordouan par Gustave Labat, d’après le dessin de Châtillon, 1886 A. D. 33, 162 T 05 mesures conservatoires autour de l’album : sa consultation est restreinte, les possibilités de copies sont extrêmement limitées et la création de calque est totalement interdite. Malgré ce cadre règlementaire, la question du prêt ou de la copie suscite régulièrement le débat entre les membres ouverts à cette idée et ceux qui souhaitent préserver l’exclusivité des illustrations.
C’est le cas dès juin 1844, lorsque la municipalité de Bordeaux souhaite réaliser un album de monuments historiques et réclame alors le concours de la commission. Certains membres, craignant que concours ne signifie en réalité « copie de dessins », s’y opposent farouchement, mettant en avant que ces copies pourraient compromettre l’éventuelle publication de l’album.

Phare de Cordouan  par Gustave Labat, d’après le dessin de Châtillon, 1886
A. D. 33, 162 T 05

 

Organisation, classement et contenu : de l’album aux albums

Lorsque, le 19 avril 1843, Durand démissionne de son poste de conservateur des Objets d’Art, il donne une description assez précise de l’album et de son agencement. Il nous apprend que, dans un premier temps, aucune organisation ne régissait les dessins. Mais dès 1841, les procès-verbaux évoquent la nécessité de classer ces documents, devenus nombreux, pour faciliter leur consultation tout en améliorant leur conservation.

En janvier 1843, Durand propose de diviser l’album en deux atlas, consacrés l’un aux monuments religieux, l’autre aux monuments Carte de l’arrondissement de Bazas A. D. 33, 162 T 04militaires,civils et domestiques. Cette organisation reprend les catégories de classement établies par la commission des Monuments historiques de la Gironde. Un troisième cahier, le « portefeuille », contient les dessins qui ne sont pas destinés à intégrer l’album. Certains représentent des monuments localisés en dehors du département.

La dernière réorganisation intervient en 1885. A la demande de Charles DurandCharles Durand (1824-1891). Fils de Joseph-Gabriel Durand.
Architecte de la ville de Bordeaux (1880 à 1886),
on lui doit notamment la faculté des Sciences et des Lettres (1880-1886) et
la bibliothèque municipale (rue Mably, 1886).
, alors président de la commission, l’archiviste Émilien Piganeau entreprend ce nouveau classement, qui structurera les albums tels que nous les connaissons actuellement.

Carte de l’arrondissement de Bazas
A. D. 33, 162 T 04

Il décide d’agencer les albums par arrondissement (7 au total), puis par type de monument (religieux, civil ou militaire). Il prend ensuite l’initiative de réaliser des copies des cartes d'état- major, à placer en début de volume, afin de localiser les principaux édifices. Il dresse enfin une table
Voir la Table de l’album
consacré à l’arrondissement de Bazas
A. D. 33, 162 T 04
indiquant la page, le monument et l’auteur du dessin.

Types d'illustrations

Exemple de représentation  géométrale – Chapelle de Condat (Libourne)  par Léo Coureau, mai 1846   A. D. 33, 162 T 06Les techniques graphiques employées pour l’album sont variées : crayon, eaux-fortes, aquarelle, lavis ou, plus tard, photographie.
Pour l’architecture, deux catégories de vues se confrontent : les représentation géométrales et les dessins pittoresques.
Les vues géométrales sont des études architecturales rigoureuses, représentant l’édifice en coupe transversale ou en plan au sol. Elles sont dressées par des ingénieurs ou des architectes.Exemple de représentation pittoresque  – Eglise monolithe  de Saint-Émilion, auteur inconnu (sans date)  A. D. 33, 162 T 06

Exemple de représentation géométrale – Chapelle de Condat (Libourne) par Léo Coureau,
mai 1846
A. D. 33, 162 T 06

 

Exemple de représentation pittoresque –
Eglise monolithe  de Saint-Émilion,
auteur inconnu (sans date)
A. D. 33, 162 T 06

 

Les dessins pittoresques présentent les monuments en perspective. Figurés dans leur environnement, ils sont réalisés par des dessinateurs.
Cette catégorie de représentation, parfaitement en harmonie avec les conceptions romantiques de l’époque, n’est pourtant pas fantaisiste. Léo Drouyn illustre parfaitement ce juste équilibre entre mise en scène romantique et rigueur architecturale.

Origine des illustrations : commandes et dons

Photographies offertes à la CMH par la Mairie de Bordeaux A. D.33,Les commandes émanent de la commission. Elles sont adressées à des artistes dits « agrégés » (ou mandatés), rémunérés par la commission elle-même, grâce à l’allocation annuelle du Conseil général. Mais la commission dispose de peu de moyens et, dès sa création, de nombreux procès-verbaux font état de sa difficulté à rétribuer comme il se doit les artistes.

Certains dessins, parfois antérieurs à la création de l’album, sont des dons d’artistes faits à la commission des Monuments historiques. D’autres documents ont été offerts par le maire de Bordeaux. C’est le cas des plans et des photos des anciennes rues et maisons abattues à l’occasion du percement de l’actuel cours d’Alsace et Lorraine, à Bordeaux. 

Photographies offertes à la CMH par  la Mairie de Bordeaux
A. D.33, 162 T 1

Image 1 : Maison Labadie, à l’angle des rues du Mû et du Pas Saint-Georges
Image 2 : Angle des rues de la Chapelle Saint-Jean et Poitevine
Image 3 : Maison sur la place du Vieux-Marché, perpendiculaire à la rue Sainte-Colombe
Image 4 : Maison d’angle des rues Ausone et Porte Saint-Jean
Image 5 : Maisons démolies pour la création des sacristies et du petit square de la cathédrale Saint-André (côté sud-est)
Image 6 : Maisons démolies lors du percement du cours Alsace-Lorraine
Image 7 : L’alignement côté gauche a été détruit pour l’ouverture du cours d'Alsace et Lorraine.
Image 8 : Angle de la rue Poitevine, détruit par l’ouverture du cours d'Alsace et Lorraine. Au premier plan, une affiche annonce la création de la rue Ravez et l’élargissement de la rue Duffour Dubergier. Au fond, les maisons faisant l’angle des rues Corcelles et des Bahutiers.

L’on voit donc que, dès sa création, la commission des Monuments historiques de la Gironde rencontre des difficultés financières. Ces contingences influenceront également le sort de l’album.

Un désir de publication

La première allusion à la publication de l’album apparaît dans les procès-verbaux de séances du Conseil général, dès 1840.  L’idée est alors évoquée par le Préfet. La commission en reprend l’idée dans ses comptes rendus, en août 1841. Cette éventualité est de nouveau évoquée en novembre 1844, Mosaïques gallo-romaines découvertes à Bordeaux, mars 1850 A. D. 33, 162T01lorsque la commission rédige son règlement : « art. 23 : les fonds alloués par le Conseil général du département pour les dépenses de la commission sont employés : […] 7° à la publication lorsqu’il y aura lieu soit totale, soit partielle de l’album par la gravure ou la lithographie ».
Cependant, cette subvention annuelle n’est guère suffisante pour parvenir à la publication. En conséquence, la commission sollicite dès février 1845 un complément financier, que le préfet ne peut lui accorder. Reconnaissant l’intérêt de l’album pour le public, ce dernier suggère en revanche de diffuser cet ouvrage par souscription.

Mosaïques gallo-romaines découvertes à Bordeaux, mars 1850
A. D. 33, 162 T 01

 

En mars 1845, la commission nomme une sous-commission chargée d’étudier l’affaire et de trouver des solutions. Plan  masse de l’église de Guîtres par J. GAUTIER, 1843 A. D. 33, 162T06Composée de Duphot, Lacour, Poitevin et Lafore, elle ne semble pas avoir abouti à un quelconque résultat.
En mai 1864, l’abbé Corbin demande à la commission le droit d’emprunter et de reproduire ses dessins et gravures pour illustrer son livre consacré à la cathédrale Saint-André de Bordeaux.
Comme en 1844, cette requête suscite une polémique au sein de la Commission, entre les opposants au prêt ou à la reproduction et leurs partisans. Les premiers « font remarquer que ces dessins sont inédits et qu’ils voudraient que la Commission les réservât pour les publier, lorsqu’elle en aura les moyens ».
Les seconds « répondent qu’on ignore quand la Commission pourra reprendre ses publications […], qu’ils trouvent préférable de les laisser publier par d’autres, au lieu de les laisser inconnus et inutiles dans son   album […] » (A. D. 33, 159 T 2).

Plan masse de l’église de Guîtres par J. GAUTIER, 1843
A. D. 33, 162 T 06

 


Certains membres craignent de plus qu’une reproduction à coût réduit ne vienne altérer la qualité des images et discréditer la commission. Dès l’origine, une grande minutie est apportée à tous ses travaux, et Lamothe attache une importance toute particulière à la qualité des productions de la commission.

La dernière évocation des albums remonte donc à l’époque de leur réorganisation, en 1885. Ils ne seront finalement jamais publiés, sans doute par manque de financement et de soutien. Cet échec peut également être imputé à une grande exigence qualitative, qui interdisait aux membres de la commission des Monuments historiques de se satisfaire de solutions intermédiaires.

 

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